La Miséricorde

Le mot miséricorde est compris dans le langage courant dans le sens de compassion ou pardon. Ceci est valable mais risque de voiler la richesse concrète du peuple d’Israël qui essayait de vivre au confluent de pensées : compassion et fidélité ; compassion à l’occasion d’une situation tragique (psaume) ou pardon des offenses (Dt 9).

La traduction française des mots hébreux et grecs oscille de la miséricorde à l’amour en passant par la tendresse, la pitié, la compassion, la clémence, la bonté et même la grâce qui a pourtant un sens bien plus vaste. Dieu manifeste sa tendresse au cœur de la misère humaine, c’est pourquoi l’homme se montre miséricordieux envers son prochain à l’imitation de son Créateur. Quand l’homme prend conscience qu’il est malheureux ou pécheur, alors se révèle à lui plus ou moins nettement le visage de la Miséricorde infinie. En fait, Dieu désire le retournement du pécheur vers lui et implore sa conversion (Os 2). Si Dieu amène son peuple au désert, c’est qu’il veut lui parler au cœur. Israël garde donc au fond du cœur la conviction d’une miséricorde qui n’a rien d’humain.

Quel est le dieu comme toi qui enlèves la faute et qui prends plaisir à faire grâce ?… Jette au fond de la mer tous nos péchés (Mi 7). Le Miserere Pitié pour moi en ta bonté ! En ta grande tendresse, efface mon péché (Ps 51) nous livre le couronnement de cette attitude favorable de l’orant.

Enfin, dans l’Ancien Testament Dieu dans sa miséricorde ne peut supporter la misère de son élu. C’est comme si, en contractant alliance avec lui, il avait fait de lui un être de sa race. Un instinct de tendresse unit Dieu à son peuple à jamais.

Dans le Nouveau Testament, Jésus est par excellence Grand Prêtre miséricordieux. Il se présente afin d’accomplir le dessein de son Père comme semblable à ses frères afin d’expérimenter la misère même de ceux qu’il est venu sauver.

Saint Luc exprime la volonté de Jésus de préférer les pauvres (Lc 4). Les pécheurs, en lui, trouvent un ami (Lc 7). C’est pourquoi Jésus ne craint pas de les fréquenter (Lc 5). Les femmes, les étrangers, les exclus, les veuves, les éplorés, les malades, les contagieux seront secourus par Jésus et parfois pris en exemple dans leur accession première dans le Royaume de son Père. Toute chair voit le salut de Dieu. Les affligés expriment alors une prière à Dieu Kyrie eleison (Mt 15).

Dieu offre sa miséricorde en surabondance. D’ailleurs Saint Paul nous parle de Père des miséricordes (2Co 1). Paul en sera le premier bénéficiaire et portera en héraut courageux la réalisation concrète partout dans le monde connu à son époque. Alors que les Juifs finissaient par méconnaître la miséricorde divine, en pensant qu’ils se procuraient la justice à partir de leurs œuvres et dans la pratique de la loi, Paul affirme qu’ils sont eux aussi pécheurs, ayant aussi besoin de la miséricorde par la justice de la foi.

Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux.
Voici la condition essentielle pour entrer dans le Royaume des Cieux. Cette tendresse doit nous rendre, tel le bon samaritain (Lc 10), proche du misérable rencontré sur mon chemin et plein de pitié à l’égard de celui qui m’a offensé (Mt 18). Car en effet, Dieu a eu pitié de moi. Aussi serons-nous jugés d’après la miséricorde que nous aurons exercée à l’égard de Jésus en personne (Mt 25).

Heureux les miséricordieux, il leur sera fait miséricorde.
Cette béatitude qui clôture ce court propos est et deviendra le thème permanent de notre vécu humain jusqu’au jour de la rencontre car, si nous avons à prévoir une certitude, l’amour de Dieu ne demeure que dans ceux qui exercent la miséricorde (1Jn 3).

Pour toute précision, s’adresser au Père Christian Vareille

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